Tourisme régénératif au Maroc : du principe aux critères de preuve
Le tourisme régénératif ne consiste pas à rebaptiser un séjour « responsable ». Il propose de partir d’un lieu — ses habitants, ses écosystèmes, ses usages — puis de se demander comment l’activité touristique peut contribuer à sa vitalité. Au Maroc comme ailleurs, l’idée n’a de valeur que si elle devient une méthode : écouter les acteurs locaux, définir un objectif, agir, mesurer les résultats et corriger ce qui doit l’être.
Le terme ouvre un horizon séduisant, mais il oblige à la modestie. Un hébergement ne devient pas régénératif par déclaration. Une plantation, un achat local ou un équipement solaire peuvent être utiles sans démontrer, à eux seuls, un « impact positif ». Pour juger une démarche, il faut regarder les preuves, leur périmètre et leurs limites.
Que signifie vraiment « tourisme régénératif » ?
Le concept reste en construction. Dans leur cadre publié dans Tourism Geographies, Loretta Bellato, Niki Frantzeskaki et Christian Nygaard décrivent une approche qui relie le tourisme aux systèmes vivants et aux caractéristiques propres de chaque lieu. Leur travail s’appuie notamment sur des consultations de praticiens et distingue plusieurs dimensions de conception et principes d’action.
Une revue de l’état de l’art publiée en 2023 souligne aussi un risque : réduire la régénération à la formule « laisser un lieu en meilleur état qu’on ne l’a trouvé ». Cette définition paraît simple, mais elle peut masquer les besoins des communautés, les rapports sociaux et la complexité écologique.
Une démarche sérieuse pose donc au moins quatre questions :
Quel est le lieu concerné ? Une médina habitée, une oasis, une vallée ou un littoral n’ont ni les mêmes ressources ni les mêmes fragilités.
Qui définit ce qui est souhaitable ? Les personnes qui vivent et travaillent sur place doivent participer à la définition des priorités.
Quelle évolution recherche-t-on ? L’objectif doit être précis : conditions de travail, consommation d’eau, transmission d’un savoir-faire, qualité d’un habitat naturel ou autre résultat vérifiable.
Comment suivra-t-on cette évolution ? Il faut une situation de départ, une période, des indicateurs et une méthode compréhensible.
Le tourisme régénératif n’est donc ni un label automatique ni une liste de produits « verts ». C’est une trajectoire qui relie la qualité d’accueil à la santé du lieu et de ses relations.
Tourisme durable et régénératif : quelle différence ?
Les deux approches ne s’opposent pas. Le tourisme durable cherche notamment à mieux gérer l’activité, à réduire ses effets négatifs et à renforcer ses bénéfices sociaux, culturels et économiques. Le référentiel du Global Sustainable Tourism Council pour les hébergements organise ces enjeux autour de la gestion durable, des retombées pour les communautés, du patrimoine culturel et des impacts environnementaux.
L’approche régénérative ajoute une ambition : contribuer à la capacité d’un lieu à se renouveler et à entretenir des relations plus équilibrées entre humains et vivant. Elle ne dispense jamais des fondamentaux du tourisme durable. Avant de parler de régénération, un hébergement doit encore pouvoir expliquer ce qu’il consomme, achète, rémunère, protège et transmet.
Il faut également distinguer trois notions souvent confondues :
une intention indique une direction ;
un standard fournit des critères communs ;
une certification suppose un dispositif formel, un organisme compétent, un périmètre et une période de validité.
L’appartenance à un réseau, la présence dans un annuaire ou l’emploi du mot « régénératif » ne remplacent pas une certification.
À quoi cette approche peut-elle ressembler au Maroc ?
Il n’existe pas un modèle valable pour tout le pays. Les priorités dépendent du climat, de l’accès à l’eau, de la densité, de l’activité économique et des personnes qui habitent le territoire.
Dans une médina vivante
La médina de Marrakech, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, est décrite comme une ville historique vivante, avec ses habitations, ses souks, ses fondouks, ses activités artisanales et ses métiers traditionnels. L’enjeu ne consiste donc pas seulement à préserver une image architecturale. Il faut aussi respecter les usages quotidiens, le voisinage, le travail local et les conditions d’entretien du bâti.
Pour un hébergement, les sujets peuvent inclure la consommation d’eau et d’énergie, les achats de proximité, les conditions de travail, la gestion des déchets, la maintenance du bâtiment et la manière dont les visiteurs sont invités à se comporter dans le quartier. Chacun de ces sujets demande des faits précis avant de devenir une promesse publique.
Dans un environnement rural, oasien ou désertique
Les questions changent : capacité d’accueil du site, ressource en eau, mobilité, déchets, emploi local, tranquillité de la faune ou maintien d’activités agricoles. Une expérience peu visible ou installée avec des matériaux légers n’est pas nécessairement sobre sur l’ensemble de son cycle de vie. Il faut considérer le transport, l’approvisionnement, l’assainissement, l’énergie et la remise en état du site.
Toute promesse de restauration écologique doit préciser le milieu concerné, l’état initial, les actions réalisées et la personne compétente qui suit leurs effets.
Dans la relation avec le voyageur
Le visiteur n’est pas invité à « sauver » un lieu. Il peut en revanche recevoir des informations justes, choisir un rythme moins centré sur les transferts, rémunérer correctement les services et respecter des consignes définies localement. La contribution commence souvent par une meilleure qualité de relation, sans mise en scène héroïque du voyageur.
DarZ5 : ce qui est vérifiable aujourd’hui
DarZ5 est un riad privatif situé à Dar el Bacha, dans la médina de Marrakech, et porté par Thierry Zaoui depuis 2013. Une fiche consacrée à Dar Z5 est publiée dans l’annuaire de Regenerative Travel. Elle présente notamment le patio-jardin, l’accueil et des engagements liés à l’environnement et à la dimension sociale de l’hospitalité.
Cette présence en ligne permet de vérifier que DarZ5 est référencé par ce réseau. Elle ne constitue pas, à elle seule, une certification environnementale ni la preuve d’un résultat quantifié. Les performances propres au riad — consommation d’eau, consommation d’énergie, évolution de la biodiversité ou retombées économiques — doivent être documentées séparément avant d’être annoncées comme acquises.
La bonne façon de raconter cette démarche est donc de distinguer clairement :
ce qui existe et peut être observé aujourd’hui ;
ce qui est mesuré selon une méthode définie ;
ce qui est en cours d’expérimentation ;
ce qui relève encore d’un projet ou d’une ambition.
Cette distinction protège le lecteur autant que le lieu. Elle laisse aussi la possibilité de publier un résultat modeste, de reconnaître une limite ou d’abandonner une piste qui ne fonctionne pas.
Sept critères pour vérifier un engagement
1. Une action précise
« Protéger le vivant » est une intention. Identifier des plantes, modifier une pratique d’entretien ou suivre un volume d’eau correspond à une action vérifiable. Plus la promesse est large, plus le risque d’imprécision augmente.
2. Une personne responsable
Qui met l’action en œuvre ? Qui collecte les données ? Qui relit l’interprétation ? Une marque seule n’est pas une source. Lorsqu’une compétence spécialisée est nécessaire, le rôle et les qualifications du professionnel doivent pouvoir être expliqués.
3. Une date et un état de départ
Dire « nous réduisons notre consommation » n’a pas de sens sans période, unité et valeur de référence. Une comparaison utile précise ce qui a changé, entre quelles dates et dans quelles conditions.
4. Un indicateur adapté
Le nombre de plantes achetées ne mesure pas une amélioration de la biodiversité. Le nombre d’équipements installés ne mesure pas automatiquement une baisse de consommation. L’indicateur doit correspondre au résultat annoncé.
5. Un périmètre visible
Une donnée peut concerner le riad, une prestation, un fournisseur ou seulement une période. Elle ne doit pas être étendue à l’ensemble du séjour si son périmètre est plus limité.
6. Des limites reconnues
Une démarche honnête explique ce qu’elle ne mesure pas encore, ce qui dépend d’un partenaire et ce qui reste expérimental. Une incertitude clairement formulée est plus crédible qu’un chiffre précis sans méthode.
7. Une continuité
La régénération n’est pas une campagne ponctuelle. Cherchez une date de mise à jour, un responsable et un prochain jalon. La publication des résultats doit permettre de suivre une évolution, y compris lorsqu’elle n’est pas linéaire.
Quelles preuves correspondent aux promesses courantes ?
| Affirmation | Preuves utiles | Limite à rendre visible | |---|---|---| | « Nous consommons moins d’eau » | Relevés datés, volume, occupation et période comparable | Variations saisonnières, fuites, usages non comptabilisés | | « L’énergie solaire couvre une partie des besoins » | Date de mise en service, puissance, production et usages couverts | Appoint du réseau, maintenance et périodes de faible production | | « Nos achats soutiennent l’économie locale » | Fournisseurs, montants ou part des achats et définition de « local » | Produits indisponibles localement et intermédiaires | | « Le jardin favorise la biodiversité » | Inventaire relu, protocole, observations saisonnières et pratiques d’entretien | Absence d’état initial ou d’identification confirmée | | « L’équipe bénéficie de conditions équitables » | Cadre contractuel, protection sociale, rémunération et possibilités de formation | Confidentialité des données individuelles et période couverte |
Ce tableau ne transforme pas le voyageur en auditeur. Il l’aide à reconnaître une information proportionnée à la promesse.
Comment voyager avec plus d’attention depuis Marrakech ?
Quelques choix simples peuvent améliorer la cohérence d’un séjour : rester assez longtemps pour ne pas transformer chaque journée en transfert, demander comment une activité est organisée, privilégier des professionnels déclarés, respecter les lieux de vie et éviter de mettre sous pression un espace fragile pour obtenir une photographie.
Avant de réserver une expérience présentée comme responsable ou régénérative, posez trois questions : qui l’organise, où va le prix payé et quelles règles protègent le lieu ? Les réponses ne seront pas toujours accompagnées d’un rapport complet. Elles doivent néanmoins rester concrètes et cohérentes avec la taille de la promesse.
Questions fréquentes
Le tourisme régénératif est-il une certification ?
Non. Le terme ne constitue pas, à lui seul, une certification. Lorsqu’un établissement cite un label ou un certificat, vérifiez le nom de l’organisme, les critères appliqués, le périmètre évalué et la période de validité.
Est-ce la même chose que l’écotourisme ?
Les approches peuvent se rejoindre, mais l’écotourisme est généralement associé aux espaces naturels, à leur découverte et à leur conservation. Le tourisme régénératif considère plus largement les relations écologiques, sociales, culturelles et économiques propres à un lieu.
Une action locale suffit-elle à rendre un séjour régénératif ?
Non. Une action peut être pertinente sans prouver l’effet global d’un séjour. Il faut éviter de transformer un geste isolé en promesse générale et tenir compte des transports, des ressources consommées et des effets indirects.
Comment vérifier une affirmation environnementale ?
Cherchez une preuve datée, le périmètre mesuré, la personne responsable, l’indicateur choisi et la méthode de suivi. Pour une espèce, un habitat ou une restauration écologique, une vérification par un professionnel compétent est nécessaire.
DarZ5 publie-t-il déjà un bilan d’impact chiffré ?
Les pages publiques consultées présentent des engagements et des projets, mais ne fournissent pas un bilan complet avec situation de départ, indicateurs suivis et résultats consolidés. Les informations disponibles doivent donc être lues comme la présentation d’une démarche, et non comme la démonstration d’un impact net.
Découvrir la démarche sans confondre ambition et preuve
Le tourisme régénératif devient utile lorsqu’il aide à mieux regarder un lieu, à poser de meilleures questions et à suivre les résultats dans le temps. Pour connaître les engagements présentés par DarZ5, consultez la page consacrée aux impacts et aux projets. Pour une information pratique ou pour vérifier la disponibilité d’un service, utilisez le formulaire de contact.
Sources
Bellato, Frantzeskaki et Nygaard — « Regenerative tourism: a conceptual framework leveraging theory and practice », Tourism Geographies
Bellato et Pollock — « Regenerative tourism: a state-of-the-art review », Tourism Geographies
Global Sustainable Tourism Council — référentiel pour les hôtels et hébergements



Commentaires